Lundi 7 septembre 2015 dans la capitale sénégalaise Dakar, avait eu lieu le deuxième procès de l’ex-dictateur tchadien, Hissène Habré après quarante cinq (45) jours d’interruption lors du premier procès. Prit comme un bébé puis amené de force à la barre. L’ex homme fort du Tchad s’est muré dans un silence de cimetière.  

Accusé de crimes de guerre, crimes de torture et crimes contre l’humanité, l’ancien président tchadien a de nouveau refusé de comparaître. Comme ce fut le cas des 20 et 21 juillet dernier, Habré récuse le tribunal spécial de Dakar devant les Chambres Africaines Extraordinaires (CAE). Il a été amené de force à la barre par les gendarmes. Se livrant ainsi en spectacle devant la presse. Habillé d’un boubou blanc et d’un turban blanc, Habré qualifie cette cour  comme étant un organisme illégal et crié : « A bas l’impérialisme ». Un homme comme lui est malheureusement très mal placé pour crier « A bas l’impérialisme ». Lui qui, étant encore aux affaires à la tête du Tchad de 1982 à 1990 avait toujours eut l’aide des puissances impérialistes (les Etats-Unis d’Amérique, la France…)

Le procès de Habré est un fruit de lutte d’une longue haleine de  l’association des victimes au Tchad de crimes de Habré, Reed Brody de Human Rights Watch, le gouvernement tchadien, le gouvernement du Sénégal et l’Union africaine. Très attendu en Afrique, parce qu’étant un procès dit historique face au sempiternel débat des africains contre la Cour Pénal International (CPI) qui ne « traque que des africains » selon eux. L’Afrique a, enfin sa cour de justice. Un cadre de lutte pour la justice et contre l’impunité. Habré n’entend pas ses oreilles.

Il rejette en bloc les trois avocats commis d’office par la cour, qui avait ajourné son procès de 45 jours. Il ne reconnait ni les Chambres Africaines Extraordinaires. Refusant ainsi d’être « châtier dans la famille ». Au deuxième jour de son procès, toujours habillé de la même façon, Habré est entré dans un silence total, n’a pas dit mot lors de la lecture de l’acte d’accusation de 196 pages contre sa personne.

Le silence de Habré fait débat au Tchad, et partout ailleurs :

 « C’est ahurissant de voir un homme qui a tué de milliers de personnes n’ait pas le courage de parler, ne serait-ce que pour demander pardon… »

 « Habré est un homme énigmatique. Le fait de porter le turban est un signe qu’il ne parlera jamais… »

« Les chefs d’accusations sont lourds contre lui. En tant qu’ancien président, Habré devrait prendre de la hauteur pour ne pas se laisser brutaliser par les gendarmes qui l’ont amené de force…»

« C’est honteux ! Il ne devrait pas se mettre en spectacle devant les médias… »

« Cette affaire a trop duré. Pourquoi Idriss n’est pas inquiété ? Moi je pense que Deby, qui à l’époque fut le Chef d’Etat Major de Habré doit être entendu…»

« Il gardera le silence autant de fois qu’il voudra, mais il ne gagnera pas le procès. Les crimes de Hissein Habré ne sont pas à démontrer…»

« Les complices de Habré qui sont en liberté à N’Djamena, comme le Président actuel montre que ce n’est qu’une comédie et non une justice…»

Selon les estimations d’une commission d’enquête au Tchad, Habré aurait à son actif plus de 40.000 morts. Une des femmes des victimes avait lancé à l’égard de madame Habré : « Votre mari a tué mon mari ». Et pour Jacqueline Moudeina, l’avocate des victimes de crimes de Habré d’ajouter : « Plus rien ne peut arrêter la machine de la justice ».