Devenir soldat à tout prix

A youthful crowd in Paoua, waiting for the pre-DDR to take off. Picture by Crépin Marius Mouguia, 25-10- 2016 Paoua. Cet article est une traduction automatique du anglais. Cliquez sur ‘English’ dans le menu pour lire le texte original.

par Jonna et Marius, 29 mai 2017.

Un dimanche de janvier 2017, alors que nous marchions avec Wilfried et Mirjam au bord du fleuve, nous avons vu un jeune homme à l’entrée d’une porte, en uniforme de l’armée. C’était quelqu’un du quartier de Wilfried, alors nous sommes allés le saluer. Le jeune homme, qui aurait pu avoir 27 ou 20 ans, c’était difficile à dire, semblait si heureux et si fier. En se demandant si c’était à propos de son nouveau poste dans l’armée, Wilfried nous a dit qu’il était si heureux que j’ai commencé à me renseigner. En effet, il semblait y avoir un intérêt massif, au moins à Bangui, pour être recruté dans l’armée ou même dans les postes de police et de gendarmerie en janvier 2017.

J’ai interviewé un jeune homme appelé Olivier quelques jours plus tard, le 27 janvier 2017, après que nous ayons discuté deux jours plus tôt sur la moto au sujet d’un de ses cousins. Les informations recueillies lors de l’entretien montrent que, même avant aujourd’hui, un poste de l’armée était un poste convoité. Cela pouvait aussi comporter un danger, bien sûr, dans un pays qui a récemment connu un épisode aussi violent.

Olivier me raconte : “Un de mes cousins – il était à l’école, mais pas depuis très longtemps ; je crois qu’il s’est arrêté à mi-chemin au lycée – ne trouvait pas de travail. A l’époque, il y avait un recrutement en cours pour les FACA (Forces Armées Centrafricaine) et il a essayé d’être recruté. Mais il s’est retrouvé bloqué. Selon lui, il avait toutes les qualifications, mais la seule chose était qu’il n’avait pas la bonne origine ethnique qui correspondait au régime en place (sous le président Bozizé). La deuxième fois qu’un recrutement a été annoncé (en 2008 ou 2009, Olivier n’est pas sûr), il a changé de nom. Il avait alors une vingtaine d’années. Alors qu’il était à l’origine Banda, il a pris un nouveau nom, celui du groupe ethnique Gbaya. Il a conservé ses prénoms, a soumis son dossier avec un nouveau (faux) certificat de naissance. Lorsque j’en ai entendu parler, dit Olivier, j’ai pensé que cela ne marcherait pas, mais il a effectivement été recruté pour suivre la formation en vue d’entrer dans les FACA

Quelques années plus tard, lui et son bataillon ont été attaqués à Boali, une ville située au-dessus de Bangui, par les forces de Seleka environ deux jours avant le coup d’État de mars 2013. Comme le bataillon ne possédait apparemment pas les moyens de se protéger, les soldats ont fui, chacun dans une autre direction. Mon cousin est allé dans les buissons où il s’est perdu, a marché pendant quelques jours et s’est ensuite retrouvé coincé dans un piège métallique utilisé par un chasseur local pour attraper des cochons sauvages. Des épingles métalliques sont entrées dans sa jambe et il criait très fort. Un fermier voisin qui travaillait dans son champ a eu peur en entendant l’homme pleurer, mais il a également réalisé que la personne qui pleurait avait besoin d’aide. Le fermier a aidé à libérer la jambe et a aidé à soigner les blessures du cousin grâce à la médecine traditionnelle. Il avait déjà des blessures aux pieds après avoir marché pendant si longtemps. Pendant 2 à 3 mois, il est resté chez le fermier, non seulement parce qu’il ne pouvait pas marcher, mais aussi parce qu’en tant que soldat, il ne pouvait pas voyager. Car comme les Seleka avaient pris Bangui, ils attaquaient des éléments des FACA dans toute la ville”

La famille avait perdu toute trace de lui et pensait qu’il était mort, mais après deux ou trois mois, le calme est revenu un peu à Bangui et il est rentré chez lui. Il a été soigné à l’hôpital pendant quelques jours, avant de rentrer chez lui pour quelques mois de convalescence. Par la suite, il a recommencé à faire des rapports. Non pas que les FACA aient vraiment fonctionné à ce moment-là. Ils n’étaient toujours pas aussi sûrs, même chez eux, ils ne craignaient pas les forces de Seleka” Certains jeunes avaient rejoint les Seleka dans différents quartiers de la ville. Ils indiquaient aux Seleka qui étaient les FACA dans leur quartier. Selon Olivier, ces personnes devaient montrer leur amitié aux Seleka afin de rester près d’eux et ils le faisaient en indiquant qui faisait partie des FACA auparavant. À l’époque où les FACA restaient chez elles ou se cachaient chez leurs voisins ou leurs parents, d’autres sont passés en République démocratique du Congo. Cette dernière option a été particulièrement choisie par les gardes présidentiels sous Bozizé : ils ne pouvaient pas rester à Bangui après la chute de Bozizé, car ils y ont été systématiquement assassinés. Ce n’est que sous le président intérimaire Samba que les FACA ont recommencé à fonctionner”

J’ai demandé à Olivier s’il connaissait d’autres personnes qui avaient changé de nom pour entrer dans l’armée. Il m’a répondu qu’il ne les connaissait pas personnellement, mais que c’était la pratique courante à l’époque. Apparemment, la promesse d’un salaire régulier – 45.000 XAF (soit environ 68 euros) par mois – a motivé les jeunes hommes à s’engager dans l’armée. Être envoyé en mission leur permettrait de gagner un peu d’argent supplémentaire et, bien sûr, les promotions aussi.

Mais quelque chose d’autre les motivait également… parce que la majorité des membres des FACA et de la garde présidentielle étaient (à l’époque de Bozizé) issus de l’ethnie du président, ils avaient tout le pouvoir. Ils pouvaient obtenir tout ce qu’ils voulaient de la population, juste en commençant à contrôler les gens sur la route – et même si vous n’aviez violé aucune règle, ils insistaient et vous faisaient payer. Ils pouvaient vous faire emprisonner sans aucune forme de procès chaque fois qu’ils avaient un problème avec vous. Ainsi, à l’époque, les jeunes pensaient que “si je réussis à entrer aux FACA, personne ne pourra plus me maltraiter de cette manière”. C’est donc devenu une mode de s’engager dans l’armée. Un musicien de la RCA a même chanté à ce sujet ; si tout le monde devient FACA, qui restera pour protéger les civils… ?

 

Mbéni fini yéni fadé so il faut mo li ti mo duti tourougou éh, /la nouvelle tendance est que tout le monde devienne militaire

Kété yé a ga na mon convocation, a goué a bi mon na geôle éh, /à la moindre chose, on te convoque et on te met en geôle

Tongana azo ni koué a yéké tourougou, fadé zo wa la a yéké bata a civile éh, éh, /si tous deviennent militaire, qui va protéger les civils ?

Transcription de la chanson de l’artiste centrafricain Losseba Ngou ti wa, de l’orchestre Sapeke Maison Mere.
Transcription et traduction par le Crépin Marius Mouguia

 

“Et à l’époque, pour soumettre son dossier, il fallait 5000 FACA, alors que les gens dépensent beaucoup plus pour suivre leur dossier en payant des sommes d’argent. Pour pouvoir le faire, certains ont vendu la terre de leurs parents, la moto d’un parent, etc. Tout cela pour corrompre les personnes les plus haut placées dans la hiérarchie des FACA. Et puis, quand tous ces jeunes n’ont finalement pas été recrutés, il y a eu une grande manifestation à Bangui en 2010 ou 2011. Et cette frustration a conduit beaucoup d’entre eux à rejoindre la Seleka lorsqu’ils sont arrivés au pouvoir. Ils étaient très mécontents, ils se disputaient : “Vous [Bozizé et ses alliés] ne vouliez pas de nous dans l’armée, maintenant nous allons devenir la Seleka.” Et cela explique pourquoi, quand la Seleka est arrivée à Bangui, de nombreux jeunes se sont alignés sur elle”

En janvier 2017, une annonce venait d’être faite sur le recrutement prochain de 500 personnes pour la police et la gendarmerie. Quand on se renseignait à Bangui, tout le monde pouvait parler d’un jeune, dans son entourage, qui s’apprêtait à déposer son dossier ; souvent, on en connaissait au moins deux. Là encore, selon Olivier, des documents (actes de naissance) ont été falsifiés, cette fois-ci non pas pour des raisons d’appartenance ethnique, mais à cause des critères d’âge qui ont été fixés pour le recrutement : il fallait avoir entre 18 et 25 ans. Nous nous attendions à ce que plus de 5000 jeunes s’inscrivent. Ils étaient probablement beaucoup plus nombreux..

Cela signifie-t-il que ces jeunes n’ont pas peur d’entrer dans l’armée, avec tout le chaos qui règne encore dans le pays ? Ai-je demandé à Olivier. Mais selon lui, le fait que le gouvernement et les acteurs internationaux parlent de DDRR et de la reconstruction de l’armée nationale encourage les jeunes. En tout cas… c’était en janvier.

 

Photo du Crépin Marius Mouguia, 25-10- 2016 Paoua.
Une foule de jeunes à Paoua, attendant le décollage de la pré-RDA.

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